J'ai imaginé la chaîne et codé sa première version avec l'aide de l'IA, de la veille jusqu'au CMS. Un développeur de l'équipe a ensuite réécrit l'infrastructure, et je garde la main sur tout ce qui touche au texte, des consignes de rédaction au guide de style.
Avant la chaîne éditoriale, une rédaction à flux tendu
Tout part d'une actualité continue. Le média couvre un secteur où l'information tombe à toute heure, le plus souvent en anglais. Chaque brève suivait alors le même circuit manuel. Il fallait repérer l'information, la recouper, la traduire, l'adapter au ton maison, ajouter les liens internes utiles au référencement puis la mettre en forme dans le CMS. Ce travail de reprise occupait l'équivalent de trois postes à temps plein.
Le projet a démarré en octobre 2025 avec deux exigences. Les textes ne devaient pas ressembler à de la production d'IA, parce qu'un lecteur régulier reconnaît ce style en quelques lignes et retire sa confiance au média. Aucune erreur de date ou de chiffre ne devait passer non plus.
Six étapes de la veille au brouillon
J'ai donc découpé le travail en étapes courtes et confié chacune à l'outil le plus adapté. Selon le point de départ, certaines étapes sont sautées.
- La veille relève en continu les flux des sources suivies et regroupe les articles qui traitent du même sujet.
- Un journaliste déclenche le traitement d'un geste dans la messagerie de la rédaction, à partir d'un article source, d'un groupe d'articles ou d'une note brute.
- Quand le point de départ est une note brute, un modèle relié au web rédige un premier jet, puis une étape dédiée ajoute les liens vers les sources et les liens internes tirés d'un catalogue des pages prioritaires du site.
- Un modèle doté d'une recherche web confronte chaque date et chaque chiffre à des sources récentes, puis corrige ce qui ne tient pas.
- La passe de style réécrit le texte selon le guide de la rédaction et produit en même temps le titre, la méta-description, les points clés et les catégories.
- Le brouillon arrive dans le CMS et le journaliste reçoit dans sa messagerie un lien d'édition et un lien de prévisualisation.
La première version confiait le premier jet à un modèle entraîné sur les archives du média. La passe de style l'a remplacé au fil des versions.
Ce découpage permet de remplacer un modèle sans toucher au reste de la chaîne. Chaque étape a ses propres consignes. Le modèle chargé du style a changé au moins quatre fois en un an et le moteur de vérification une fois.
Un guide de style contre les marqueurs de l'IA
Mais le temps gagné ne valait rien si les textes sonnaient faux. Les modèles de langage ont des tics que les lecteurs repèrent de plus en plus vite. Ils commentent les faits au lieu de les donner, multiplient les tirets cadratins, enchaînent les fragments sans verbe et opposent des formules creuses du type « ce n'est pas X, c'est Y ».
J'ai écrit un guide qui traque ces tournures sur trois niveaux de sévérité. Une faute bloquante invalide le texte. Les autres règles fixent des plafonds chiffrés par article pour le gras, les deux-points ou les virgules, et une liste de onze contrôles clôt chaque relecture.
Le tableau ci-dessous donne trois réécritures types, sur des exemples neutres.
| Tournure de modèle | Version publiée |
|---|---|
| « Cette annonce illustre la nouvelle stratégie du groupe. » | « Le groupe ferme douze agences et recrute quarante développeurs d'ici juin. » |
| « Pas de calendrier. Pas de budget. Juste une promesse. » | « Le projet n'a ni calendrier ni budget, seulement une promesse. » |
| « Ce n'est pas un partenariat, c'est un rachat. » | « L'entreprise rachète la totalité de son partenaire, trois mois après une première prise de participation. » |
Une troisième partie du guide décrit les procédés d'écriture propres à la rédaction, avec leur place dans l'article et leur quota. Le document dépasse 450 lignes. La plupart des règles sont nées d'un défaut repéré en relecture.
Ce que la rédaction garde en main
Pour autant, rien ne se publie seul. La chaîne s'arrête au statut de brouillon et un éditeur relit chaque texte avant sa mise en ligne. L'humain intervient deux fois, au choix du sujet puis à la validation.
Le brouillon arrive complet avec ses liens, son titre, sa méta-description et au plus quatre points clés. L'éditeur le relit directement dans sa mise en page finale.
Ce partage des rôles laisse aux journalistes le choix des sujets et la responsabilité de ce qui part en ligne, deux décisions qu'aucun modèle ne prend à leur place dans cette rédaction.
Les résultats de la chaîne de production IA
Dans les faits, le bilan tient en deux chiffres. La chaîne absorbe l'équivalent de trois temps pleins et la rédaction dispose de deux fois plus de capacité de publication qu'avant son lancement.
La première leçon tient au découpage. Une chaîne faite d'étapes spécialisées se corrige étape par étape, alors qu'un prompt unique qui fait tout casse à chaque changement de modèle et ne dit jamais où le texte a dérapé.
La seconde concerne le guide de style. Les modèles changent tous les quelques mois et chaque génération apporte ses propres travers. Le guide reste la référence commune, et sa sixième version date de juillet 2026.